Interview de Vanessa KOUM DISSAKE de LEGALSUP : L'humanisme au cœur de l'accès au droit : LEGALSUP en action

Bonjour Vanessa, pourriez-vous nous présenter votre parcours et expliquer comment vous en êtes venue à fonder LEGALSUP?

Avocate au Barreau de Paris, Docteur en droit, Chargée d'enseignement à l'Université de Paris 8, fondatrice du centre de soutien universitaire "AideDroit.fr" qui met à la disposition des étudiants en droit une méthodologie pour apprendre le droit en toute autonomie, j'ai créé LEGALSUP avec la même pensée: celle de ramener le droit au plus près des personnes morales et physiques. Car si le droit est l'ensemble des règles qui régissent la conduite de l'Homme en société, il est également une prérogative juridique. Garantir cette prérogative fait donc partie de la vision de LEGALSUP.

Comment définissez-vous concrètement l'humanisme dans le cadre de l'accès au droit et en quoi LEGALSUP s'en démarque-t-elle par rapport aux solutions purement technologiques?

L'humanisme trouve son fondement dans la valeur intrinsèque absolue qu'est la dignité humaine. Il place l'homme au centre de toutes les préoccupations juridiques de la société. Parce que "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits" (Art 1 de la DDHC de 1789), il appartient à toute association politique (ex: la société) de garantir l'accès au droit. N'est-il pas dit de la justice qu'elle est le pilier de notre République? Force est malheureusement de constater que la défiance des citoyens à l’égard de la Justice ne cesse de croître. Plutôt que de pousser les portes d'un cabinet d'avocat ou encore d'un tribunal, les citoyens préfèrent renoncer à ce droit. Ils cherchent des solutions en ligne. Pourtant, chaque situation juridique est différente. Il n’est donc pas possible de faire une consultation juridique uniquement au travers de paramètres scientifiques ou par des données informatiques. En effet, l’intelligence artificielle est incapable d’apprécier pleinement les spécificités juridiques de chaque entreprise ou de chaque particulier. C'est la raison pour laquelle, LEGALSUP conjugue la puissance du numérique avec l'expertise humaine.
Là où les plateformes classiques promettent de tout automatiser, cette initiative replace les professionnels du droit au centre du processus.

Dans le contexte actuel où de nombreuses personnes se tournent d'abord vers Internet pour des conseils juridiques, quels sont, selon vous, les dangers de cette tendance et comment LEGALSUP entend-elle y répondre?

La progression des technologies du numérique impacte de manière considérable tous les métiers du droit et de la justice. Aujourd'hui, Il est aussi facile d'avoir des informations juridiques en ligne que d'acheter des produits alimentaires. Pourtant, il est important de faire une différence entre une information juridique et un conseil juridique. La première peut être délivrée par toute personne qui se croit compétente pour communiquer "ses connaissances juridiques". La deuxième ne peut être délivrée que par un professionnel du droit qui engage sa responsabilité professionnelle parce qu'il ne se limite pas à présenter des connaissances juridiques mais il fait une application desdites connaissances à un cas d'espèce. En d'autres termes, si l'information juridique est générale, la consultation juridique est personnalisée. Appliquer une information juridique trouvée en ligne ne peut donc que présenter un risque. LEGALSUP est toutefois consciente qu'il n’est plus possible d’exercer le métier d’avocat et/ou de juriste, comme au siècle dernier. La technologie est un outil qu’il faut apprendre à utiliser. C'est la raison pour laquelle elle propose un accompagnement (consultation) juridique digitalisé et personnalisé grâce à l'oeil avisé de professionnels du droit.

Pouvez-vous partager quelques exemples concrets de situations où l'approche humaniste de LEGALSUP a fait la différence pour un client par rapport à une solution automatisée?

Prenons deux exemples simples dans lesquels je ne mettrais en lumière qu'une seule difficulté juridique: le premier porte sur un divorce et le deuxième sur la rupture d'un contrat de travail! 1- Mr X est un ressortissant égyptienne. Il s'est marié avec Mme Y au Caire avant de bénéficier d'une procédure de regroupement familial. Mme Y est une algérienne en possession d'une carte de résidence en France. Mr X et Mme Y n'ont pas d'enfants. Ils vivent dans la maison qu'a hérité Mme Y de ses parents. Mr X souhaite demander le divorce après 16 mois de mariage. Il n'est pas certain des sentiments qu'il éprouve pour Mme Y qui est très amoureuse et très possessive. La solution automatisée lui dira qu'il a la possibilité de divorcer sans réelle difficulté parce que le couple n'a pas d'enfants et pas de biens issus de la communauté de vie. Cependant, cette solution automatisée n'a pas pris en compte sa situation administrative: celle du renouvellement de son titre de séjour. 2- La société X emploie deux commerciaux: Mr Y et Mme Z. Il n'existe pas dans le contrat de travail de ces deux salariés de clauses de non concurrence. Mr Y et Mme Z décident de démissionner et de créer la société A, qui à première vue, ne semble pas être une société concurrente à la société X. En effet la société A est une société de vente de véhicules et la société X est une société de vente de matériels informatiques. La solution automatisée indique que la rupture du contrat ne pose aucune difficulté. Cependant, cette solution n'indique pas que Mr Y et Mme Z pourraient être poursuivis s'ils venaient à utiliser "un savoir-faire" confidentiel de la société X au sein de la société A. Il s'agit de l'obligation de loyauté qui doit être respectée pendant toute la durée du contrat de travail et, dans certains cas, même après la fin de celui-ci.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez dans la mise en œuvre d'une digitalisation responsable qui repose sur l'intervention humaine, et comment les surmontez-vous?

Un Homme n'est pas une machine et heureusement qu'il ne l'est pas et ne le sera jamais. La révolution technologique qui frappe la société doit donc amener tout professionnel du droit à considérer la digitalisation comme un outil de performance et non comme un outil de déresponsabilisation. Il n'est pas question de se fonder uniquement sur les résultats proposés par une base de données ou un logiciel juridique. Le professionnel du droit se doit donc de préserver son esprit critique et d'analyse.

Comment envisagez-vous l'évolution de LEGALSUP et l'intégration de l'humanisme dans le processus juridique à l'avenir, surtout avec l'ascension continue de l'intelligence artificielle?

LEGALSUP n'est pas né avec ce positionnement: il en est le fruit.
Lors de son lancement en 2022, la plateforme reposait sur un logiciel d'évaluation des risques juridiques. Les résultats étaient présentés sous forme de code couleur: rouge pour un risque important, orange pour un risque intermédiaire, vert pour un risque faible.
L'expérimentation a rapidement montré les failles d'un tel système. Des rapports pouvaient minimiser un danger bien réel, simplement parce qu'un utilisateur n'avait pas saisi correctement une question, ou parce que certains éléments avaient été jugés secondaires et donc non intégrés dans le logiciel. Dans un domaine où la précision est vitale, ces zones d'ombre sont inacceptables.
De cette expérience est née la conviction qui guide aujourd'hui LEGALSUP: la digitalisation n'a de sens que si elle reste encadrée par I'humain. Ne pas encadrer, sur le plan éthique, l'ascension continue de l'intelligence artificielle, c'est prendre le risque d'avoir une justice déshumanisée, en perte de sens et de valeur qui ferait perdre à chaque Homme son unicité.

Quel message souhaitez-vous adresser à nos lecteurs concernant l'importance de choisir un accès au droit qui met l'accent sur l'humanité et la contextualisation plutôt que sur l'automatisation totale?

Il est certes vrai qu'il existe plusieurs legaltechs. Certaines accompagnent la création d'entreprises et les formalités administratives. D'autres se limitent à
publier des articles juridiques. D'autres encore ne font qu'intermédier entre un client et un avocat.
LEGALSUP va plus loin. La plateforme combine les apports du numérique, mais elle y ajoute une dimension essentielle: la consultation juridique délivrée par un professionnel réglementé.
Cette garantie change tout.
Elle signifie que l'utilisateur n'est pas seulement informé, mais véritablement accompagné. Elle marque une rupture avec la logique de standardisation et place LEGALSUP dans une catégorie à part. Chaque dossier n'est pas une suite de cases à cocher, mais une situation singulière qui mérite d'être entendue, analysée et contextualisée.

Pour en savoir plus : https://www.legalsup.fr

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