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NIS2 et responsabilité personnelle des dirigeants : ce que prépare la Loi Résilience

NIS2 et responsabilité personnelle des dirigeants : ce que prépare la Loi Résilience

21 mai 2026 15 min de lecture
Directive NIS2, loi Résilience et responsabilité des dirigeants : comment les Chief Legal Officers peuvent piloter la conformité cyber, structurer la gouvernance et sécuriser les organes de direction face aux nouvelles obligations et sanctions.
NIS2 et responsabilité personnelle des dirigeants : ce que prépare la Loi Résilience

NIS2, loi Résilience et responsabilité des dirigeants : un nouveau bloc de conformité à piloter par la direction juridique

NIS2, loi Résilience et responsabilité des dirigeants : un nouveau bloc de conformité à piloter par la direction juridique

La directive (UE) 2022/2555 dite NIS2 transforme la responsabilité des dirigeants en matière de cybersécurité d’entreprise et fait basculer ce sujet dans le cœur de la gouvernance. Pour un Chief Legal Officer, la combinaison de cette directive et de la future loi française dite « Résilience » (transposition attendue d’ici 2024–2025) impose de traiter la cybersécurité comme un risque de conformité majeur, au même niveau que l’anticorruption ou le RGPD, avec une exigence de traçabilité renforcée des décisions de l’organe de direction. La responsabilité des dirigeants en matière de sécurité des systèmes d’information devient ainsi un axe structurant de la stratégie juridique, car les obligations de sécurité et de gestion des risques cyber ne sont plus seulement techniques mais clairement imputées aux organes de direction.

Résumé exécutif pour CLO pressé : NIS2 et la loi Résilience imposent (i) d’identifier les entités essentielles et importantes du groupe, (ii) de documenter une analyse des risques cyber alignée sur l’article 21 de la directive, (iii) de mettre en place des mesures techniques et organisationnelles de sécurité justifiables devant l’ANSSI, (iv) de former les dirigeants conformément à l’article 20, et (v) d’assurer une traçabilité fine des décisions des organes de direction. À court terme, la direction juridique doit piloter une revue des délégations de pouvoirs, des chartes de gouvernance et des comités risques, afin d’intégrer explicitement la cybersécurité dans le périmètre de responsabilité de la direction et de préparer la défense de l’entreprise et des dirigeants en cas de contrôle ou d’incident majeur.

Le texte européen étend le champ des entités concernées bien au-delà des opérateurs de services essentiels, en visant désormais un large spectre d’entités essentielles et importantes dans des secteurs variés (énergie, santé, infrastructures numériques, services numériques, etc.). Cette extension implique une analyse des risques et une gestion des risques cyber à l’échelle du groupe, y compris pour les filiales étrangères qui contribuent au chiffre d’affaires consolidé et qui peuvent être qualifiées d’entités au sens de la directive, ce qui renforce la nécessité d’une mise en conformité coordonnée. Pour la direction juridique, la cartographie des entités et des activités couvertes devient une brique de conformité NIS2 à part entière, au même titre que la cartographie des traitements de données personnelles.

Les exigences NIS2 structurent désormais des objectifs de sécurité précis, avec des mesures de sécurité minimales et des mesures de gestion des incidents qui devront être justifiées devant l’ANSSI en cas de contrôle. La loi Résilience annoncée viendra préciser les pouvoirs de l’ANSSI, les modalités de sanction et les obligations de mise en conformité, notamment pour les entités essentielles exposées à des amendes pouvant atteindre, selon la directive, jusqu’à 10 millions d’euros ou 2 % du chiffre d’affaires annuel mondial (article 34), et 7 millions d’euros ou 1,4 % pour les entités importantes. Dans ce contexte, la nouvelle responsabilité des dirigeants en cybersécurité impose de revoir les délégations de pouvoirs, les chartes de gouvernance et les comités risques pour intégrer clairement la cybersécurité dans le périmètre de responsabilité de la direction.

Gouvernance, organe de direction et traçabilité des décisions : sécuriser le rôle des dirigeants

La grande rupture de NIS2 tient à la responsabilisation explicite des dirigeants et de chaque organe de direction sur la cybersécurité, avec une obligation d’approuver les mesures de sécurité et de suivre une formation adaptée (article 20). Pour un Chief Legal Officer, cela signifie qu’il ne suffit plus de valider un budget cyber ou une politique de sécurité, il faut démontrer une implication active et documentée de la direction dans la gestion des risques numériques. Les procès-verbaux des conseils, des comités d’audit et des comités risques deviennent des pièces centrales pour prouver que les organes de direction ont bien exercé leur rôle de supervision et de contrôle.

Les textes prévoient que l’ANSSI pourra, en cas de manquements répétés, proposer des mesures allant jusqu’à l’interdiction temporaire d’exercer des fonctions dirigeantes (article 32 de la directive, repris en droit interne), ce qui renforce la dimension personnelle de la responsabilité. Cette évolution impose de revoir la gouvernance interne, en clarifiant le rôle de chaque organe de direction et des organes de direction des filiales, afin d’éviter les zones grises dans la gestion des risques cyber et la mise en œuvre des mesures de sécurité. La direction juridique doit piloter cette mise en conformité en articulant les obligations de la directive NIS2 avec les autres cadres, notamment les normes ISO de sécurité de l’information et les référentiels internes de gestion des risques.

Sur le plan opérationnel, il devient indispensable de formaliser un calendrier annuel de sensibilisation des dirigeants et de formation à la cybersécurité, incluant des sessions dédiées à la matière cybersécurité pour les administrateurs. Cette obligation de formation, qui découle des exigences de l’article 20, doit être intégrée dans les plans de développement des compétences et dans les politiques de gouvernance, avec des indicateurs de suivi précis et des attestations de participation conservées dans les dossiers de conformité. La formation cybersécurité des dirigeants doit ainsi être traitée comme une obligation de formation réglementaire, au même titre que la prévention de la corruption ou la lutte contre le blanchiment.

Cartographie des risques, référentiels ISO et ReCyF : outiller la conformité NIS2 sans réinventer la roue

Pour absorber ce nouveau bloc de conformité, la direction juridique a intérêt à capitaliser sur les dispositifs existants de gestion des risques et de sécurité de l’information, notamment les référentiels ISO 27001 et ISO 27005. Une analyse des risques cyber alignée sur ces normes permet de structurer les mesures de gestion et les mesures de sécurité exigées par la directive NIS2, tout en facilitant le dialogue avec les équipes de cybersécurité et d’audit interne qui utilisent déjà ces cadres. La responsabilité accrue des dirigeants se traduit alors par une mise en œuvre pragmatique, où la mise en conformité repose sur des outils déjà éprouvés plutôt que sur la création de nouveaux silos.

Le Référentiel Cyber France, ou ReCyF, publié par les autorités françaises, fournit un socle opérationnel pour décliner les objectifs de sécurité en mesures concrètes adaptées aux entités essentielles et importantes. Ce référentiel peut être intégré dans le dispositif global de conformité NIS2, en articulation avec les politiques internes de sécurité et les plans de gestion des risques cyber, afin de démontrer à l’ANSSI une démarche structurée de mise en conformité. La direction juridique doit veiller à ce que ces mesures de gestion et ces mesures de sécurité soient traduites dans des procédures, des contrats et des clauses de responsabilité claires avec les prestataires.

La convergence avec d’autres cadres de conformité, comme le RGPD, la CSRD ou les obligations issues du paquet Omnibus, devient un enjeu stratégique pour éviter la saturation des équipes et des budgets. Un Chief Legal Officer peut par exemple s’appuyer sur les travaux déjà menés pour la revue des points de contrôle CNIL décrits dans l’analyse sur le RGPD et les contrôles CNIL à anticiper, afin d’aligner les registres de traitements avec la cartographie des risques cyber et les exigences NIS2. La conformité des dirigeants à NIS2 doit ainsi être intégrée dans une vision globale de la conformité, où chaque analyse des risques et chaque mise en conformité servent plusieurs régulations plutôt que d’être traitées en silos.

Compliance by design : articuler NIS2, DORA, AI Act et CSRD dans une stratégie de gestion des risques

Les groupes multi-réglementés, notamment dans la finance, doivent articuler la directive NIS2 avec le règlement DORA qui encadre la résilience opérationnelle numérique du secteur financier. Pour la direction juridique, la responsabilité des dirigeants en cybersécurité ne peut être gérée isolément, car les mêmes risques cyber et les mêmes mesures de sécurité irriguent les exigences de DORA, du RGPD, de la CSRD et bientôt de l’AI Act. Une approche de compliance by design permet de mutualiser l’analyse des risques, la gestion des risques et la mise en œuvre des contrôles, en évitant les doublons et en optimisant l’allocation des ressources.

La cartographie des systèmes d’intelligence artificielle, recommandée dans les travaux sur la méthode en quatre étapes pour l’AI Act et la cartographie des systèmes IA, peut être réutilisée pour identifier les risques cyber spécifiques liés à ces technologies. Cette approche intégrée permet de relier les objectifs de sécurité, les obligations de sécurité et les obligations de formation en matière de cybersécurité, en particulier pour les équipes qui conçoivent ou exploitent des systèmes critiques. La mise en œuvre de NIS2 devient alors un levier pour structurer une gouvernance numérique cohérente, où chaque organe de direction dispose d’une vision consolidée des risques numériques.

Les enjeux financiers ne sont pas neutres, avec des sanctions pouvant atteindre plusieurs millions d’euros ou un pourcentage significatif du chiffre d’affaires mondial pour les entités essentielles et importantes, comme le prévoit l’article 34. Cette exposition justifie une implication forte de la direction financière aux côtés de la direction juridique et de la direction des systèmes d’information, afin de prioriser les investissements de sécurité et de démontrer la proportionnalité des mesures de gestion des risques. La mise en conformité NIS2 doit ainsi être présentée au conseil comme un projet de transformation de la sécurité numérique, avec un retour sur investissement mesuré en réduction du risque cyber, en continuité d’activité et en protection de la valeur de l’entreprise.

Pour un Chief Legal Officer, la première étape consiste à organiser une sensibilisation structurée des dirigeants et des organes de direction sur la portée réelle de la directive NIS2 et de la loi Résilience. Cette sensibilisation doit couvrir les risques cyber, les obligations de sécurité, les exigences NIS2 et les conséquences personnelles possibles en cas de manquement, en s’appuyant sur des scénarios concrets d’incidents et de contrôles de l’ANSSI. La responsabilité des dirigeants en cybersécurité doit être présentée comme un sujet de gouvernance et de gestion des risques, et non comme un simple problème technique laissé aux équipes informatiques.

La deuxième étape consiste à lancer une analyse des écarts entre la situation actuelle et les exigences de conformité NIS2, en mobilisant les fonctions risques, sécurité, audit interne et ressources humaines. Cette analyse des risques et cette gestion des risques doivent intégrer la dimension organisationnelle, les mesures de sécurité existantes, les procédures de gestion des incidents et les dispositifs de formation à la cybersécurité, afin d’identifier les priorités de mise en conformité. La direction juridique doit ensuite piloter la mise en œuvre des mesures de gestion et des mesures de sécurité complémentaires, en veillant à la cohérence des politiques, des contrats et des clauses de responsabilité avec les prestataires critiques.

Enfin, il est nécessaire de formaliser un plan pluriannuel de mise en conformité NIS2, incluant un programme de formation à la cybersécurité pour les dirigeants, les administrateurs et les équipes clés, avec une obligation de formation clairement inscrite dans les politiques internes. Ce plan doit aussi prévoir la revue régulière des objectifs de sécurité, des indicateurs de risque cyber et des rapports adressés aux organes de direction, afin de démontrer une gestion continue des risques cyber et non une simple mise en conformité ponctuelle. La responsabilité des dirigeants au titre de NIS2 devient ainsi un fil conducteur pour structurer une gouvernance numérique durable, alignée sur les attentes des régulateurs et des parties prenantes.

Articulation avec les autres chantiers de conformité : RGPD, CSRD et gouvernance des données

La montée en puissance de la responsabilité des dirigeants en cybersécurité intervient alors que les directions juridiques gèrent déjà des chantiers lourds comme le RGPD, la CSRD et la réforme du paquet Omnibus. Une approche intégrée permet de traiter la cybersécurité comme un socle de sécurité des données et de résilience opérationnelle, au service des obligations de transparence extra-financière et de protection des données personnelles. Les travaux menés sur les contrôles CNIL, détaillés dans l’analyse consacrée au RGPD et aux points de contrôle à revoir, peuvent être réutilisés pour renforcer la cohérence entre sécurité des systèmes et conformité des traitements.

La CSRD impose une information plus fine sur la gouvernance des risques, y compris les risques cyber, ce qui renforce l’intérêt d’aligner les rapports de gestion des risques avec les exigences NIS2. Les directions juridiques peuvent s’appuyer sur les analyses déjà produites pour la directive sur la publication d’informations en matière de durabilité, notamment celles relatives au paquet Omnibus et à la CSRD, afin d’intégrer la cybersécurité dans le récit global de la résilience de l’entreprise. La conformité NIS2 et la responsabilité des dirigeants en matière de cybersécurité deviennent alors un élément clé du dialogue avec les investisseurs, les assureurs et les autorités, qui attendent une vision claire de la gestion des risques numériques.

Sur le terrain, cette convergence se traduit par la mise en place de comités transverses associant conformité, sécurité, finance, ressources humaines et communication, afin de suivre les risques cyber et les incidents significatifs. Ces comités permettent de coordonner la mise en conformité NIS2, la gestion des incidents de sécurité, la notification aux autorités compétentes et la communication de crise, en évitant les silos qui fragilisent la réponse de l’entreprise. Pour un Chief Legal Officer, la responsabilité des dirigeants au regard de NIS2 offre ainsi l’opportunité de repositionner la fonction juridique comme chef d’orchestre de la gouvernance numérique et de la résilience globale.

FAQ

Quelles entreprises sont concernées par la directive NIS2 et la loi Résilience en France ?

La directive NIS2 s’applique aux entités essentielles et aux entités importantes opérant dans des secteurs jugés critiques, comme l’énergie, les transports, la santé, les infrastructures numériques ou certains services numériques. En France, la loi Résilience viendra préciser le périmètre exact, mais de nombreuses entreprises de taille intermédiaire et de grands groupes seront concernés, y compris au sein de chaînes de sous-traitance. Les directions juridiques doivent donc vérifier si leurs entités entrent dans ces catégories et anticiper la mise en conformité.

En quoi la responsabilité des dirigeants évolue-t-elle avec NIS2 ?

NIS2 introduit une responsabilité explicite des dirigeants et des organes de direction en matière de cybersécurité, avec une obligation d’approuver les mesures de sécurité et de suivre une formation adaptée (article 20). Les autorités pourront sanctionner non seulement l’entité, mais aussi, en cas de manquements graves ou répétés, proposer des mesures visant les dirigeants, comme des interdictions temporaires d’exercer. Cette évolution impose une implication plus forte des conseils d’administration et des comités d’audit dans la gestion des risques cyber.

Quels sont les principaux chantiers de conformité à lancer pour NIS2 ?

Les principaux chantiers concernent la cartographie des entités et des activités couvertes, l’analyse des risques cyber, la revue des mesures de sécurité existantes et la mise en place de procédures de gestion des incidents. Il faut aussi structurer un programme de formation à la cybersécurité pour les dirigeants et les équipes clés, avec une traçabilité des sessions suivies. Enfin, la direction juridique doit adapter les contrats, les politiques internes et la gouvernance pour refléter les nouvelles obligations de sécurité et de responsabilité.

Comment articuler NIS2 avec DORA, le RGPD et la CSRD ?

Une approche intégrée de la gestion des risques numériques permet de mutualiser les efforts entre NIS2, DORA, le RGPD et la CSRD, en s’appuyant sur des référentiels communs comme les normes ISO et le ReCyF. Les cartographies de risques, les registres de traitements et les rapports de durabilité peuvent être alignés pour éviter les redondances et renforcer la cohérence des informations communiquées aux autorités et aux parties prenantes. Le Chief Legal Officer joue un rôle central pour orchestrer cette convergence et assurer une gouvernance numérique lisible.

Le Chief Legal Officer pilote la qualification des entités concernées, la traduction des exigences NIS2 dans les politiques internes et les contrats, ainsi que la structuration de la gouvernance et des comités de risques. Il coordonne l’analyse des risques cyber avec les fonctions sécurité, risques et audit interne, et veille à la traçabilité des décisions des organes de direction. Il est aussi responsable de la cohérence entre NIS2 et les autres cadres de conformité, afin de sécuriser la responsabilité des dirigeants et la résilience globale de l’entreprise.